Petites histoires de la particratie, partie n°2

En Belgique en 2018, il est possible de remplir sa déclaration fiscale en ligne, participer au financement de milliers de projets via crowdfunding, échanger des messages ou des fichiers via des dizaines d’applications… Mais les démarches à effectuer pour être candidat aux élections sont tellement archaïques qu’elles auraient déjà pu exister lors de la naissance de l’Etat belge.

Pour chaque élection, la présentation d’une liste électorale doit s’accompagner de la signature de plusieurs dizaines de citoyens. Un document est d’abord mis en ligne, que les candidats doivent télécharger (et croiser les doigts pour que la mise en page ne soit pas foireuse s’ils n’utilisent pas les logiciels privateurs de Microsoft), imprimer à leurs frais, aller à la rencontre de citoyens, leur expliquer que leur démarche est nécessaire, et faire remplir un document fastidieusement. Après, il faut impérativement se rendre à l’administration communale pour y faire valider ces documents.

Sur papier (sic), c’est pas grand chose. Mais pour les partis ayant des élus, c’est déjà trop : ils peuvent se contenter de la signature de 2-3 élus qui remplacent les dizaines de citoyens. Pour les petites listes, qui ont peu de moyens, qui tentent vaille que vaille de mettre sur pied un projet cohérent, sur leur temps libre, c’est une tâche fastidieuse et encombrante.

C’est encore plus pénible lors d’élections qui ne sont pas locales : en effet, les documents signés doivent être validés par l’administration communale dans laquelle réside le citoyen qui remplit le document. Autrement dit, si vous avez vos 50/200/500 signatures pour votre liste, il faut se rendre aux heures de bureau de communes parfois très éloignées. Certaines administrations effectuent la validation immédiatement (il faut par contre faire la file pour y accéder), d’autres récoltent les documents et les rendront validés quelques jours plus tard (il faut donc s’y rendre deux fois).

Si cette démarche était si essentielle au fonctionnement démocratique de notre pays, il y a pourtant fort à parier qu’elle serait revue à la baisse si chaque liste devait y passer – y compris celles disposant déjà d’élus.

NB : en 2012, ce fameux document n’était toujours pas disponible au téléchargement à la mi-juillet alors que les actes de présentation des listes pour les élections communales devaient être présentés 2 mois plus tard. Ce retard n’a fait qu’alourdir la tâche de projets tel celui du Parti Pirate, contraint de créer le buzz pour obtenir ce document.

Particratie, twelve points.

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Petites histoires de la particratie, partie n°1

La liste Kayoux – qui se présentait aux élections communales d’Ottignies-Louvain-la-Neuve – est un exemple de liste citoyenne, ouverte, horizontale et participative, qui n’hésite pas à expérimenter de nouvelles pratiques démocratiques. Elle a pourtant été écartée des débats télévisions publiques tant locale que régionale.

Tout d’abord, c’est la télévision publique locale du Brabant wallon TVCom qui a refusé leur présence lors de leur débat pré-électoral. Quelques jours plus tard, c’est au tour de la RTBF de prendre la même décision de ne pas les inviter au débat « Moi, bourgmestre ».

Chaque fois, la même rengaine : il n’y a pas assez de place sur le plateau pour que chaque liste soit invitée – pour rappel, 8 listes se présentaient aux élections à OLLN, TVCom et la RTBF en ont invité respectivement 6 et 5. Des critères dits objectifs sont donc avancés pour justifier cette exclusion de ces débats.

Quels critères ? La priorité était donnée aux listes qui disposaient déjà d’un élu, que ce soit dans le conseil communal sortant ou à un autre niveau de pouvoir.

Conséquence : la sélection des listes qui se présentaient conduit à une invisibilisation des nouvelles participations, avantageant les élus sortants qui se voyaient offrir une tribune supplémentaire pour discuter de leur réélection. Les partis déjà ancrés dans le système politique belge reçoivent, objectivement, un petit cadeau s’ajoutant aux autres inégalités d’un système électoral défaillant. Les autres listes, peu importe que leurs idées soient très positives ou aussi médiocres que celles des partis déjà en place, sont contraintes de faire des efforts supplémentaires.

Particratie, twelve points.

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